Association suisse des traducteurs-jurés
  Recherche de traducteurs-jurés  
Par nom
Par langue
DeutschEnglishFrançaisItalianoRumantsch
Association suisse des traducteurs-jurés

Droit de réponse

Vandoeuvres, le 4 septembre 2014
M. Marcel Kohler
Directeur 20 minutes SA
Rue des Rois 11
Case postale 5506
1204 Genève

 

Droit de réponse à votre article paru dans l’édition du 3 septembre en page 2 sur les interprètes judiciaires

Monsieur le Directeur,

Nous avons pris connaissance de l’article susmentionné qui a retenu notre attention. Nous estimons toutefois que vous y faites un amalgame diffamatoire entre plusieurs concepts (fatigue, amateurisme, etc.) et vous serions reconnaissants de bien vouloir publier le texte suivant au titre du « droit de réponse ». En effet, le titre et la légende sont totalement négatifs et donnent une mauvaise image à cette profession qui travaille généralement dans des conditions difficiles.

« Dans votre article du 2 septembre, vous vous exprimez négativement sur la qualification des interprètes judiciaires actuellement utilisés par le Ministère public genevois.

Vous ignorez sans doute que, dans la liste du ministère public, figurent non seulement des interprètes de conférence, notamment membres de l’AIC, l’association internationale de ce métier, qui disposent d’une qualification prouvée (maîtrise en interprétation ou titre équivalent ou supérieur) et d’une expérience conséquente (nombre minimal d’heures de pratique professionnelle par année), de traducteurs-jurés qui sont assermentés par la chancellerie du canton de Genève (que nous représentons, qui doivent disposer également d’une maîtrise en traduction- interprétation ou en droit ou d’un titre similaire au moins, justifier d’une activité professionnelle de sept ans et passer un examen écrit), d’interprètes judiciaires qualifiés (ayant suivi le CAS et réussi l’examen d’interprétation judiciaire de la HES de Winterthur) ou au bénéfice d’autres qualifications professionnelles conséquentes.

Ces interprètes représentent une forte proportion de ceux qui travaillent pour le compte du ministère public. Traiter les interprètes judiciaires d’amateurs d’une manière globale est donc une simplification parfaitement inadaptée et attentatoire à leur réputation.

Ceci étant, il est vrai que le ministère public emploie des interprètes « non qualifiés en tant que tel » en raison de leurs compétences linguistiques dans la mesure où ils pratiquent des langues rares. Ceci répond visiblement aux besoins du ministère public et, comme vous le mentionnez d’ailleurs, les cas catastrophiques sont extrêmement rares.

Par ailleurs, vous indiquez dans votre légende que « la qualité de la traduction chutait en soirée ». Les normes courantes en interprétation font état d’une pause obligatoire toutes les 30 minutes vu la fatigue accélérée que provoque l’interprétation, simultanée ou consécutive. C’est comme s’il s’agissait de courir un marathon au rythme d’une course de vitesse, alors que les audiences peuvent durer des heures.

Dans les conférences, les interprètes travaillent à deux par cabine d’interprétation pour pouvoir bénéficier d’une alternance et d’un temps de repos. Toutefois, pour des raisons budgétaires, beaucoup d’institutions, comme le ministère public, ne peuvent pas se permettre d’engager deux interprètes pour travailler en alternance, ce qui conduit inévitablement sur une fatigue accélérée de l’interprète.

Au lieu de s’acharner sur eux pour dire qu’ils « se fatiguent », il faudrait plutôt louer leur résistance et leur acceptation de conditions de travail parfois difficiles car leurs conditions d’engagement ne sont toujours pas négociables. Et encourager les donneurs d’ordre à engager deux personnes pour bénéficier d’un service de qualité.

En tout état de cause, le projet de règlement du ministère public tel qu’il est prévu n’évitera pas la poursuite d’un certain « amateurisme » dans la mesure où certaines langues rares sont sous-représentées et où il n’y a pas de spécialiste dans un idiome spécifique dans un rayon géographique proche. Par ailleurs, le tarif horaire tel que défini par la circulaire de 2003 ne sera sans doute pas relevé, toujours pour des questions budgétaires, ce qui n’incitera pas non plus les interprètes qualifiés à consacrer trop de leur temps au ministère public par rapport à leurs clients privés qui rémunèrent mieux. Mais on ne peut pas reprocher aux interprètes qualifiés de faire des choix sur des bases économiques, tout le monde y est astreint.

Bref, la notion « d’amateurisme », péjorative, ne peut être résolue simplement dans le cadre d’un article lapidaire. On trouve des gens compétents sans qualification formelle dans beaucoup de métiers, et réciproquement des gens incompétents mais formellement (sur)qualifiés. C’est aussi le cas dans le journalisme, sauf erreur.

» En vous en remerciant à l’avance de la considération que vous porterez à la présente, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Directeur, nos salutations distinguées.

Patrick Lehner
Président

Web design par CL/KS